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Napoléon & Empire

François-René de Chateaubriand (1768-1848)

François-René de Chateaubriand (1768-1848) Blason de François-René de Chateaubriand (1768-1848)

François-René, vicomte de Chateaubriand, voit le jour à Saint-Malo le 4 septembre 1768, par une nuit de tempête, dans une famille bretonne d'ancienne noblesse, ayant retrouvé une certaine aisance financière grâce au sens des affaires de son père, armateur.

Ses premières années sont celles d'un enfant abandonné aux domestiques, puis, à partir de l'âge de neuf ans, il passe son enfance au château de Combourg , que son père a racheté en 1771.

Renonçant à la carrière de marin qui lui semblait promise, il prend un brevet de sous-lieutenant en 1786, et se mêle à la vie des salons parisiens. Contraint d'émigrer, en avril 1791, il choisit comme terre d'exil les tout jeunes Etats-Unis d'Amérique, séjournant à Baltimore et Philadelphie, visitant les chutes du Niagara  et vivant même parmi les Indiens.

De retour du Nouveau-Monde en 1792, il rejoint à Coblence l'armée des émigrés, combattant sous les ordres de Frédéric-Louis de Hohenlohe-Ingelfingen celle de la République au siège de Thionville, où il récolte une blessure. Il gagne alors Bruxelles, puis Jersey, enfin Londres où il s'établit en 1793, vivant pauvrement de quelques traductions et leçons de français, travaillant la nuit à son "Essai sur les Révolutions", qui paraît en 1797.

Il rentre en France en mai 1800. Rayé de la liste des émigrés, il se mêle à la vie littéraire, dirigeant la revue Mercure de France avec son ami Jean-Pierre Louis de Fontanes, et y faisant paraître, en 1801, "Atala", mi-roman exotique mi-tragédie chrétienne qui connaît un succès éclatant, puis en 1802 "René, ou les Effets des passions" et le "Génie du christianisme", qui, inaugurant un retour du religieux après la Révolution, célèbre la morale chrétienne.

En 1803, François-René de Chateaubriand entame une carrière diplomatique en étant nommé par le Premier Consul Napoléon Bonaparte pour accompagner à Rome le cardinal Fesch, en tant que premier secrétaire d'ambassade. L'année suivante, il le charge de représenter la France auprès de la République du Valais. C'est là que Chateaubriand apprend l'exécution du duc d'Enghien, ce qui occasionne aussitôt sa démission et son opposition résolue au premier Consul, puis, quelques mois plus tard, à l'Empereur.

En 1806, il s'embarque pour l'Orient, parcourant la Grèce, l'Asie Mineure, la Palestine et revenant par l'Égypte, la Tunisie et l'Espagne, périple qui lui donnera cinq ans plus tard la matière pour écrire son "Itinéraire de Paris à Jérusalem". A son retour en 1807, frappé par Napoléon d'exil à trois lieues de la capitale, il emménage à la Vallée-aux-Loups, près de Sceaux, où il rédige "Les Martyrs".

En 1811, Chateaubriand est élu membre de l'Académie française, au fauteuil de Marie-Joseph Chénier ; mais Napoléon ne lui permet pas de prononcer le discours de réception qu'il a rédigé pour la circonstance, trop critique envers la Révolution et la tyrannie impériale ; l'écrivain devra attendre la Restauration pour y siéger.

C'est donc avec enthousiasme qu'il accueille l'abdication de l'Empereur, publiant dès le 30 mars 1814 le pamphlet "De Buonaparte et des Bourbons", dont le roi Louis XVIII dira qu'il "le servit autant que cent mille hommes". Celui-ci le récompense en le nommant ambassadeur en Suède, mais le retour de l'Empereur le prend de court, et il passe les Cent-Jours auprès de son monarque à Gand, devenant membre de son cabinet. Il rédige à cette occasion un "Rapport sur l'état de la France".

Le 18 juin 1815, il entend avec douleur la canonnade de Waterloo ; un drame se joue dans son âme, partagée entre patriotisme et loyalisme : « Quel était ce combat ? Etait-il définitif ? Napoléon était-il là en personne ? Le monde comme la robe du Christ, était-il jeté au sort ? Succès ou revers de l'une ou de l'autre armée, quelle serait la conséquence de l'événement pour les peuples, liberté ou esclavage ? Mais quel sang coulait ! Chaque bruit parvenu à mon oreille n'était-il pas le dernier soupir d'un Français ? Etait-ce un nouveau Crécy, un nouveau Poitiers, un nouvel Azincourt, dont allaient jouir les plus implacables ennemis de la France ? S'ils triomphaient, notre gloire n'était-elle pas perdue ? Si Napoléon l'emportait que devenait notre liberté ? Bien qu'un succès de Napoléon m'ouvrit un exil éternel, la patrie l'emportait dans ce moment dans mon coeur ; mes voeux étaient pour l'oppresseur de la France, s'il devait, en sauvant notre honneur, nous arracher à la domination étrangère. Wellington triomphait-il ? La légitimité rentrerait donc dans Paris derrière ces uniformes rouges qui venaient de reteindre leur pourpre au sang des Français ! La royauté aurait donc pour carrosses de son sacre les chariots d'ambulance remplis de nos grenadiers mutilés ! Que sera-ce qu'une restauration accomplie sous de tels auspices ?... Ce n'est là qu'une bien petite partie des idées qui me tourmentaient. Chaque coup de canon me donnait une secousse et doublait le battement de mon coeur. A quelques lieues d'une catastrophe immense, je ne la voyais pas ; je ne pouvais toucher le vaste monument funèbre croissant de minute en minute à Waterloo comme du rivage de Boulaq, au bord du Nil, j'étendais vainement mes mains vers les Pyramides." »

Membre de la chambre des Pairs après la seconde abdication de Napoléon, Chateaubriand vote la mort du maréchal Ney. Brièvement ministre d'État, il perd ce poste l'année suivante et devient un des fers de lance de l'opposition ultra-royaliste.

C'est dans les années qui suivent que sa carrière diplomatique et politique connaît son apogée : il est nommé en 1821 ministre de France à Berlin, puis ambassadeur à Londres, représentant plénipotentiaire de la France au congrès de Vérone en 1822, puis se voit confier le portefeuille de ministre des Affaires étrangères. Il met sur pied en 1823 l'expédition d'Espagne pour rétablir la souveraineté de Ferdinand VII, y voyant une occasion de rendre à la France son rang de grande puissance. Cette campagne, sous le commandement du duc d'Angoulême et durant laquelle s'illustrent d'anciens officiers supérieurs de Napoléon (les maréchaux Moncey et Oudinot, les généraux Molitor et Tardif de Pommeroux de Bordesoulle), est un éclatant succès. L'orgueil que Chateaubriand en tire suscite des jalousies telles qu'elles lui font perdre en 1824 son portefeuille, suite à un désaccord avec le président du Conseil Joseph de Villèle. A la chute de ce dernier, il est nommé ambassadeur à Rome en 1828, mais il démissionne lors de l'avènement du ministère Polignac.

Il se retire définitivement de la vie politique sous la Monarchie de Juillet, n'ayant pas de mots assez durs pour Louis-Philippe Ier (« Quant à moi, qui suis républicain par nature, monarchiste par raison, et bourbonniste par honneur, je me serais beaucoup mieux arrangé d'une démocratie, si je n'avais pu conserver la monarchie légitime, que de la monarchie bâtarde octroyée de je ne sais qui »). Il se consacre à l'achèvement de ses mémoires, oeuvre monumentale entamée dès 1811 et prévue pour être publiée un demi-siècle après sa mort. Des problèmes financiers en décideront autrement et les "Mémoires d'Outre-Tombe", dont il a cédé les droits en 1836, paraîtront au lendemain de sa disparition.

François-René de Chateaubriand s'éteint à Paris le 4 juillet 1848. Selon sa volonté, il est inhumé  sur le Grand Bé , ilôt inhabité au pied des remparts de Saint-Malo.

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Une statue en pied de Chateaubriand  honore sa mémoire dans sa ville natale, et une autre , en granit, oeuvre d'Alphonse Camille Terroir, se trouve sur la place de la ville de Combourg devant le château.

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Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord a dit de Chateaubriand : « Monsieur de Chateaubriand croit qu'il devient sourd car il n'entend plus parler de lui », tandis que Chateaubriand a dépeint comme suit le Prince de Bénévent : « Ses yeux étaient ternes, de sorte qu'on avait peine à y lire, ce qui le servait bien ; comme il avait reçu beaucoup de mépris, il s'en était imprégné, et il l'avait placé dans les deux coins pendants de sa bouche. »

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Philatélie : François-René de Chateaubriand a fait l'objet de plusieurs émissions philatéliques :
- Les Postes de la République Française ont émis en 1948 un timbre de 18 F  à son effigie ;
- Celles de Saint-Pierre et Miquelon ont fait de même en 1968 avec un timbre de 10 F  ;
- La même année, les services postaux de Monaco ont émis un timbre de 0,10 F  et cinq autres consacrés à ses principales oeuvres littéraires ;
- L'Emirat de Fujaïrah, grand émetteur philatélique lors de sa courte existence autonome, a choisi Chateaubriand pour illustrer le signe de la Vierge dans une série consacrée aux signes du Zodiaque, avec un timbre de 50 Dirhams .

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Billetophilie : La Banque de France a également rendu hommage à Chateaubriand, avec un billet émis à partir de 1945, d'une valeur de 500 F 

Adresse

5, Rue de Beaune. Paris VIIème arrondissement 

C'est ici que loge Chateubriand en 1804.

7, Rue du Regard. Paris VIème arrondissement 

Hôtel de Beaune, où réside François-René de Chateaubriand en 1825-1826. Le maréchal Victor, duc de Bellune, y habitera de 1830 à sa mort en 1841.

27, Rue Saint-Dominique. Paris VIIème arrondissement 

Une autre adresse parisienne du vicomte.

120, Rue du Bac. Paris VIIème arrondissement 

Hôtel de Clermont-Tonnerre, où Chateaubriand demeure de 1838 à sa mort en 1848.

Portrait en médaillon

"François-René de Chateaubriand méditant sur les ruines de Rome" (détail), peint vers 1808 par Anne-Louis Girodet-Trioson (Montargis 1767 - Paris 1824).

Autres portraits

François-René de Chateaubriand (1768-1848)
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"Portrait de Chateaubriand sur fond de paysage montagneux", par Paulin Guérin (1783-1855), parfois attribué à Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833).
François-René de Chateaubriand (1768-1848)
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"François-René de Chateaubriand" par Anne-Louis Girodet-Trioson (Montargis 1767 - Paris 1824).
François-René de Chateaubriand (1768-1848)
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"Chateaubriand en costume de pair de France", peint en 1828 par Pierre-Louis Delaval (Paris 1790 - Paris 1870).
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